
L’image est inédite : deux présidents pour un seul Conseil. Mercredi dernier, l’entrée conjointe de Patrice Talon et de son successeur élu, Romuald Wadagni, dans la salle du conclave gouvernemental, a marqué le début d’une transition technique sans précédent. Entre continuité assumée et immersion accélérée, le Bénin expérimente une gestion à deux têtes pour garantir l’efficacité de l’État.
Ce mercredi 22 avril 2026 ne fut pas un Conseil des ministres comme les autres. Si le décor de la salle de la Marina est resté identique, la géographie du pouvoir, elle, a évolué. À la droite du Chef de l’État sortant siégeait Romuald Wadagni. Cette posture, loin d’être un simple égard protocolaire, illustre une volonté de « co-pilotage » de l’action publique avant l’investiture officielle.
Une immersion au cœur des dossiers sensibles
En s’asseyant à la table du Conseil avant même d’avoir prêté serment, le président élu ne se contente pas d’observer : il s’imprègne de la température des dossiers en cours. Pour le porte-parole du gouvernement, Wilfried Léandre Houngbédji, cette séquence est la preuve qu’il n’y aura « aucun temps mort » dans la gouvernance.
L’enjeu est de taille : assurer que les grands chantiers — de l’agriculture au numérique, en passant par la sécurité — ne subissent aucun ralentissement dû au calendrier politique. Romuald Wadagni, déjà architecte des réformes financières de la dernière décennie, passe ainsi du rôle de ministre-exécuteur à celui de co-décideur.
L’application concrète du nouveau décret protocolaire
Ce Conseil des ministres a également servi de mise en pratique grandeur nature du décret n°2026-107 du 11 mars 2026. Ce texte, qui place le « Président élu » au deuxième rang de la préséance nationale juste après le Président en exercice, a trouvé ici sa pleine expression.
Cette clarification des rangs permet d’éviter les flottements administratifs et donne une légitimité institutionnelle immédiate au vainqueur du 12 avril. En co-conduisant les travaux sous les applaudissements du cabinet, le duo Talon-Wadagni envoie un message clair à l’administration : le commandement reste ferme et la vision demeure inchangée.
Le défi de la « continuité exigeante »
Si le gouvernement interprète ce scrutin comme un plébiscite des réformes passées, il n’ignore pas la pression que ce score impose. La présence de Romuald Wadagni au Conseil dès ce mercredi traduit une forme de responsabilité immédiate. Le président élu ne bénéficie pas d’une période de grâce loin des réalités ; il est déjà au front, confronté aux attentes sociales et aux enjeux de développement qu’il a promis d’accélérer.
Cette transition « à la béninoise », marquée par cette première participation au Conseil, pose les bases d’un nouveau standard dans la sous-région : celui d’une transmission de témoin qui ne se fait pas dans les bureaux feutrés en aparté, mais dans le feu de l’action gouvernementale.




