
Présent au Conseil des ministres avant même son investiture, Romuald Wadagni imprime déjà son style. Si la continuité avec le président Talon domine, le président élu glisse ses priorités : social, jeunesse, efficacité de la dépense. Décryptage d’une transition qui dessine la « patte Wadagni ».
Élu mais pas encore investi, Romuald Wadagni siège déjà à la table du gouvernement. L’image frappe : celle d’une transition sans rupture. Pourtant, dans les dossiers, le futur chef de l’État commence à marquer son territoire.
La continuité assumée : le socle Talon
Sur les grands chantiers, Wadagni s’inscrit dans les pas de Patrice Talon. Glo-Djigbé, Port autonome, réformes budgétaires, assainissement des finances publiques : l’ancien argentier défend l’héritage dont il a été l’un des artisans.
En Conseil, il valide la trajectoire : discipline budgétaire, mobilisation des recettes, grands projets PPP. Message envoyé : pas de remise en cause des engagements pris avec le FMI, les bailleurs ou les investisseurs. Le PAG 2 reste la boussole. Pour les marchés, c’est un gage de stabilité.
La marque Wadagni : trois inflexions visibles
C’est dans la méthode et les priorités que le président élu se distingue déjà.
– Le social ciblé : Lors des premières séances, Wadagni insiste sur « l’impact direct ». Il demande des points d’étape sur les cantines scolaires, l’accès à l’eau dans l’Alibori et les filets sociaux. Là où Talon a posé les réformes structurelles, Wadagni veut accélérer sur le « dernier kilomètre » vers les populations.
– La jeunesse au centre : Emploi, formation professionnelle, entrepreneuriat. Le président élu réclame un tableau de bord mensuel sur l’insertion des jeunes diplômés. Son programme misait sur « 500 000 emplois en 5 ans ». Il cale déjà l’administration sur cet objectif.
– L’efficacité de la dépense : Technicien des finances, il traque les doublons. « Chaque franc dépensé doit être traçable », a-t-il lâché en Conseil selon un participant. Revue des agences, digitalisation des procédures, contrôle des marchés publics : la rigueur reste, mais version Wadagni.
Le style : moins de verticalité, plus de reporting
Avec les ministres, Wadagni tranche. Il écoute, questionne, exige des données. Fini les longs exposés : « 3 slides, 3 chiffres, 3 décisions ». Les directeurs généraux le savent déjà.
Proche du terrain par son parcours, il veut des remontées rapides des préfets et des maires. L’idée : garder le cap des réformes Talon, mais avec une exécution plus resserrée et plus lisible pour le citoyen.
Transition sous contrôle
Wadagni n’a pas encore les pleins pouvoirs, mais il a la légitimité des urnes et la maîtrise des dossiers. En s’alignant sur l’héritage Talon tout en posant ses marqueurs, il évite deux écueils : le procès en rupture brutale et celui du « copier-coller ».
La « patte Wadagni » se dessine : même rigueur, autre tempo. Plus social, plus tourné vers la jeunesse, obsédé par l’exécution. La passation n’aura lieu que dans quelques semaines. La gouvernance Wadagni, elle, a déjà commencé.




