
Alors que le Sahel s’enfonce dans une crise multidimensionnelle, une autre bataille se joue en coulisses. Le Maroc et l’Algérie multiplient les offensives diplomatiques pour s’allier les faveurs des juntes au pouvoir, transformant une zone de grande prévreté en un terrain de rivalité stratégique majeure.
Le Sahel n’est peut-être pas le « Singapour des investissements », mais il est devenu le centre de gravité des ambitions maghrébines. Entre le Mali, le Burkina Faso, le Niger et le Tchad, une nouvelle donne géopolitique se dessine, orchestrée par les deux frères ennemis du Maghreb : le Maroc et l’Algérie.
Un terrain de jeu miné par les crises
À première vue, l’intérêt pour cette région peut surprendre. Les indicateurs économiques du « cœur du Sahel » (Mali, Niger, Burkina Faso) sont, pour le moins, alarmants :
Pauvreté extrême : Au Niger, 60,5 % de la population vit sous le seuil de pauvreté, contre 45 % au Mali et 40 % au Burkina Faso.
Développement humain en berne : Le Mali pointe à la 188e place sur 193 au classement de l’Indice de Développement Humain (IDH).
Défis démographiques : Au Mali, 47 % des 25,9 millions d’habitants ont moins de 15 ans, une jeunesse qui peine à trouver des débouchés dans des économies où les terres arables se font rares (seulement 25 % au Mali).
Pourtant, malgré ce tableau sombre marqué par la menace djihadiste et l’instabilité des juntes autoritaires, Rabat et Alger voient dans ces nations des alliés indispensables pour leur propre sécurité et leur rayonnement continental.
Deux stratégies, une même ambition
La rivalité entre les deux puissances maghrébines prend des formes distinctes mais tout aussi agressives :
D’un côté, le Maroc mise sur une diplomatie pragmatique et économique. En témoigne la rencontre stratégique à Rabat entre le roi Mohammed VI et les chefs de la diplomatie du Burkina Faso, du Niger et du Mali. Le Royaume chérifien propose notamment un accès à l’Atlantique pour ces pays enclavés, une promesse de désenclavement économique majeur.
De l’autre, l’Algérie s’appuie sur sa profondeur historique et sa position de médiateur traditionnel. Pour Alger, la stabilité du Sahel est une question de sécurité nationale directe. Mais face à l’activisme marocain, l’Algérie doit désormais redoubler d’ingéniosité pour ne pas se laisser distancer par les projets d’infrastructures et d’alliances commerciales de son voisin.
Le « Panier Citoyen » face à la realpolitik
L’enjeu pour ces pays sahéliens est de savoir s’ils parviendront à transformer ces convoitises en bénéfices tangibles pour leurs populations. Car derrière les sommets diplomatiques et les poignées de main officielles, la réalité du quotidien reste celle de la survie.
« Ce n’est pas le Singapour des investissements directs étrangers, mais c’est ici que se joue une partie de l’équilibre du continent. » — Benoît Delmas, Lettre du Maghreb.
Le Sahel est-il en passe de devenir un eldorado diplomatique ou restera-t-il le théâtre d’une instabilité chronique où les puissances régionales ne font que déplacer leurs pions ? La réponse se trouve sans doute dans la capacité des juntes actuelles à transformer ces alliances en véritables leviers de développement.




